Cette petite île du bout du monde perdue au fin fond du
pacifique n'est néanmoins pas dénuée d'interet, surtout
pour les passionnés d'histoire.
Bon nombre de navigateurs de passage nous ont laissé des
informations sur le mode de vie des anciens rapa:
" Des hommes vêtus d'un pagne en herbe descendaient d'une
pirogue à balancier de planches cousues.
Une grosse natte pendait sur leurs épaules, une autre autour
des reins en guise de protection.
Vu de loin, leur santé semblait précaire .
Vivant de chasse (recherchant principalement le phaeton pour
ses belles plumes rouges), et de pêche, les enfants étaient
souvent livrés à eux même; jeunes hommes et jeunes filles
souvent intimement liés devant l'indifférence des
parents (chose considérée comme naturelle à l'époque).
Leur langue était proche de celle de l'île de Pâques."
Plusieurs rois se sont succédés pour gouverner cette île
de 3000 personnes environ.
Si une personne décédait, son niveau social décidait de son
sort:
Ainsi, pour une personne pauvre, un radeau fait de
roseaux l'emmenait vers des terres lointaines.
Dans le cas d'un roi, d'un chef ou encore un prêtre, son corps
était déposé dans des grottes, de nombreux ossements
ayant étés retrouvés.
Les guerres entre tribus étaient fréquentes.
Aussi, chacun des 12 villages débouchant sur la mer fit
construire, sur les crêtes de l'ancien volcan, un fort
(le pa ou pare) derrière lequel se protégeaient les familles.
Assez semblable aux Pa néo zélandais, munies de fossés et de
palissades aux pointes coupantes, ou encore de trappes profondes
recouvertes de branchages.
Des silos à nourriture les approvisionnaient en vivre et en eau.
Des hommes montaient la garde à l'entrée du territoire
tribal.
Et pas question de sortir la nuit, au moins sans sa
hache, sa lance ou son casse tête, car la nuit faisait tres
peur.
Les terres ou les femmes étaient souvent motifs à guerroyer,
ou encore le manque de viande sur l'île.
Puis arrivèrent les bateaux chargés des missionnaires, et avec
eux, les maladies (variole, dyssenterie...) qui vidèrent quasiment
l'île de sa population, provoquant une très forte mortalité.
Ceci ajouté à de nombreuses déportations vers le Pérou, il ne
restait plus que 4 villages fortifiés encore actifs, soit une
centaine d'habitants en 1900.
membres.multimania.fr/
Si la viande manquait, les fruits-légumes en revanche
poussaient facilement: gingembre, ignames, patates douces
manioc etc, et la mer offrait ses poissons et
fruits de mer en abondance.
En 1917, la culture du café prenait de l'élan. Il était
ramassé par les enfants pendant que les femmes s'occupaient
du taro.
Peu de succès pour la pomme de terre: les vents amenant des
embruns d'eau de mer, qui ajoutés à l'ardeur du soleil,
désechaient les légumes.
www.mollat.com/livres/
En 1867, Ahurei devient le centre commercial , religieux et
politique de l'île.
Lacascade y établit la loi française à l'exception des juges
locaux qui avaient encore autorité.
Un conseil, relié à l'administration gérait les litiges et le droit
du travail.
Sur les 120 personnes encore présentes, 70 vivaient à Aruhei.
Les 50 autres se partageaient Tupuai et deux autres villages;
Tuou était la propriété royale.
melissamonaco.com/
Oparo, Rapa Hue, et Rapa iti : la petite soeur de l'île de Pâques
(Rapa nui); trois noms pour désigner l'île la plus isolée de
Polynesie qui aurait abrité les anciens rapa nui, d'où la similitude
du nom.
D'ailleurs Oparo signifie: en dehors, de l'autre côté.
Elle compte aujourd'hui environ 500 personnes pour 40 km².
De reliefs contrastés: terres arides et dépeuplées au centre,
vides de cocotiers ou autres arbres au nord, la vie reprend
ses droits dans les vallées où la terre redevient fertile,
irriguée par des ruisseaux, torrents ou par de belles cascades.
Cerné d'impressionnantes falaises, ce bout de terre qui semble se
protéger de toute présence extérieure, accueille néanmoins les
spead boat par la pointe Autea, près de l'îlot Tarakoi pour
rejoindre la baie d'Ahurei qui constitue un mouillage
très bien protégé.
Celle ci à d'ailleurs, pu s'ennorgueillir de l'illustre titre de
Gibraltar du Pacifique.
Onze autres baies entament les pourtours de l'île.
Mais les conditions climatiques étant trop fraîches
pour le bon développement d'un récif coralien, Rapa ne
possède donc pas de lagon.
Huit monts rivalisent de hauteur avec les falaises.
Citons le mont Perau (650m) dominant la baie d'Ahurei,
Pukumaru (605m), ou encore les aiguilles de Makatea à
l'extrême sud (489m), et trois autres, compris entre 250
et 400m (Ruatara, Vairu, et Kapitaga).
Deux villages principaux font vivre cette île: Ahurei, construit
sur le cratère de l'ancien volcan, et Area qui lui fait face.
Distants de 2 km par la mer, mais nécessitant deux bonnes
heures à pied, il est donc recommandé de faire le trajet
en baleinière. Il est d'ailleurs agréable de prendre un peu
de recul pour jouir du panorama qu'offre la montagne, et
apercevoir les fortins encore debout, surplombant le village
d'Ahurei: Tevaitau, Ororangi, Pukutaketakeke (380m), et
le fort principal, restauré par Heyerdhal: le Morongo Uta
avec sa citadelle de 400 m surmontée d'une double
pyramide.
panoramio.com
Doté de l'électricité de 6h à minuit et du gaz, le quotidien
s'en trouve facilité car le bois, rare sur l'île ferait un
piètre combustible, à l'exception des fours à pain toujours
en activité.
Deux baleinières assurent le transport des scolaires et des
passagers.
Côté culture, en plus d' une bibliothèque dans l'école, la télévision
et la station radiophonique: radio Kotokoto (du nom d'un oiseau
endémique), en sont les seuls véhicules.
Le climat tempéré de Rapa permettrait une culture riche et
variée, tant tropicales que méditerranéennes si les terres
étaient plus exploitables. Seules les vallées le permettent.
Quinze sortes de taro, constituent la ressource salvatrice
de l'île. Huit mois sont nécessaires pour récolter cette plante
riche en amidon, en calcium et en fluor, qui poussent sur des
terrasses irriguées appelées Roki, mais comportant toutefois
un inconvénient: il doit être consommé dans les cinq jours,
souvent comme épinard, mais finit généralement dans le
traditionnel popoi.
peregrinationstropicales.over-blog.com/
Cette recette ancestrale consiste à faire bouillir les bulbes,
puis à les écraser avec une pierre sur une autre pierre plate.
La pâte est ensuite malaxée et mélangée avec de l'eau.
Ajouté en guise de levure un morceau de popoi déjà fermenté,
le mélange obtenu est enfin coupé, enroulé dans des feuilles et
suspendu à un arbre, le temps de la fermentation. Le popoi est
relativement léger et se digère facilement.
(la photo ci dessous est marquisienne)
Entre mai et août, la récolte du café est, pourrait on dire, la
grande surprise polynésienne.
Lorsque les grains tombent et que l'enveloppe extérieure pourrit,
les grains peuvent alors être ramassés. Cette enveloppe est alors
cassée à l'aide d'un bâton ou d'une pierre, et lavée à l'eau courante.
Puis on les laisse sécher sur des plaques de tôles ou de tissus en
les remuant à l'aide d'un bâton.
La période idéale pour se rendre à Rapa est mars/avril, et
octobre/novembre si l'on veut éviter la saison pluvieuse qui
est impressionnante à Rapa (pouvant aller jusqu'à 60 jours
d'affilée!) . La température moyenne est de 20° avec des
maximales de 32° en mars (été austral) et des minimale de 9°
en Août (hivers austral).
www.anciens-cols-bleus.net/
Mais ce climat changeant ne constitue pas un obstacle aux
autochtones qui n'en sont pas moins d'excellents pêcheurs dans
des baleinières de 6 m de long, selon des méthodes ancestrales:
(pêche au fusil, au harpon, de nuit) etc...
Il n'est d'ailleurs pas rare que le produit de la pêche devienne
un motif d'échanges contre des tissus ou des perles.
La communauté protestante de Rapa se veut rassurante,
unie et chaleureuse. Elle sollicite chacun et lui apporte un
sentiment d'utilité.
Mais gare aux éléments perturbateurs...ainsi, le dimanche
pendant l'office, le diacre se promène dans les allées du temple
" armé d'un long bambou" pour rappeler à l'ordre les enfants
turbulents ou les adultes somnolents.
singersofunitedlands.org/
Si le mode de vie Rapa a évolué, certaines traditions ont néanmoins
perduré, comme l'abattage rituel des animaux, l'artisanat, ou la vie
en collectivité (indivision des terres, troc, artisanat, coopératives
agricoles ou de pêche...).
Un isolement qui se veut souvent volontaire pour mieux cultiver
sa différence et l'attachement à la terre.
Les oiseaux, en particulier les espèces endémiques,sont
protégés, et le travail bénévole n'est pas rare.
argoul.blog.lemonde.fr/
La motivation compte aussi beaucoup plus que le diplôme.
Et dans ces régions où la nature est généreuse, un petit salaire
suffit pour vivre confortablement.
Ajoutons que comme partout en Polynésie, le respect des
personnes agées est sacré.
Rapa sait donner le temps au temps; le stress, c'est une
inventions des européens!
Rapa est donc une île où il fait bon vivre pour qui a le sens de la
vie en communauté, et sait se mettre en harmonie avec dame
nature, dans le respect de la tradition.
D'après les autochtones, on aime ou on aime pas Rapa.
Mais si on choisit d'y venir, les vacanciers souvent reviennent,
le logement chez l'habitant ayant un convivial goût de " revenez y ";
et d'autres finissent par s'installer définitivement pour vivre
autrement et partager un bonheur ancestral qu'ils ne soupçonnaient
pas.
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