Les Māmās, gardiennes de la tradition

On ne saurait évoquer la Polynésie sans rendre un vibrant hommage aux Māmās qui incarnent si bien l'âme de la Polynésie. Au fil des âges, les Māmās ont transmis à leurs décendance tout ce que la tradition polynésienne compte de plus authentique.  Dans une commune de Tahiti, dans les années 60, le samedi, on dansait sur les places grâce à  Māmā Mere qui égrenait, au son de son accordéon, un répertoire toujours grandissant de chansons tahitiennes qu'elle tenait de sa grand-mère. Māmā Ginette, la reine du tifaifai, profitait souvent de l'occasion pour vendre quelques tifaifai, patchwork réalisés à la main à partir de dessins découpés dans des tissus colorés. Dans un coin éloigné des danseurs, les enfants préfèraient écouter les histoires d'antan de Māmā Betty, incollable sur les légendes de Tahiti et ses îles. De son côté, Māmā Vaetua a combatu toute sa vie pour la survie de la langue tahitienne et de la culture en général. Académitienne et animatrice, elle tire sa révérence à 95 ans. Avec le même esprit, Māmā Rose était institutrice, malgré le nationalisme français, elle n'a jamais faillit à la lourde tâche de transmettre les valeurs du Fenua à la jeune génération;  Quand à Māmā Esther, elle nous ravit toujours aujourd'hui de ses mélodies anciennes, toujours accompagnée de son inséparable ukulele. Son charme, sa bonne humeur, et sa gentillesse n'ont d'égal que sa gaité communicative.

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Māmā Nathalie vient de Tubuai, dans les îles Australes: comme nombre de ses amies, elle détient le secret du tressage ni'au. Qui n'a pas déjà porté un chapeau de Māmā Nathalie? qui n'est pas allée au marché avec l'un de ses jolis paniers ? les palmes de cocotiers, les feuilles de pandanus,de bananiers ou encore de maiore glissent délicieusement entre ses doigts habiles. Parfois, de délicieuses odeurs culinaires se diffusent à travers les aïtos (dit arbres de fers pour leur solidité). C'est Māmā Leone qui a encore préparé des tas de mets délicieux en vue du ahi'ma'a local (four polynésien où l'on cuit les aliments sous des pierres brûlantes) qui renferme les poissons, cochons de lait, et le pua'a (porc), toujours accompagné de l'incontournable poisson cru et d'un poe banane ou papaye au gout subtil. Pour l'occasion, tout le village est invité au festin auquel ils auront d'ailleurs tous participé : les vahine à la cuisine, et les tane entretenant le feu. Māmā Pauline se rend chaque dimanche au mātete (marché) pour y choisir les plus beaux poissons perroquets, les mangues les plus juteuses, et offrir un beau bouquets d'orchidées à sa copine Māmā Rōti dont c'est aujourd'hui l'anniversaire. La vie communautaire est encore bien active aux îles Australes, et Māmā Pare, il n'y a pas si longtemps, sur son île de Rurutu, immortalisait dans son livre les us et coutumes de son villages depuis un temps infini.

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Aux îles Tuamotu, Māmā Hina qui adorait chanter, vivait à l'époque des missionnaires qui avaient interdit les chants et les danses, et d'ailleurs tout ce que pouvait représenter la culture polynésienne; pêcher mortel à leurs yeux... Beaucoup plus tard, des témoignage de cette période ont incité Māmā d'un village à créer une chorale  pour faire revivre les tarava et les 'ute d'antan (chant sans musique où les voies d'hommes rythmaient la cadences et remplaçaient les percutions interdites, elles aussi. Ils sont aujourd'hui accompagnés du ukulele ou de la guitare.); Māmā Taua avait gardé dans son journal des poèmes que l'on appelle 'ute, comme une photographie qui montre l'humeur tahitienne du moment : gaie, triste, tantôt mélancolique, tantôt energique. Ces chants révèlèrent aux taure'are'a (jeunesse) des instants de vie qu'ils ne soupçonneraient peut-être pas aujourd'hui. De nos jours, les chorales permettent des rencontres inter-îles dans les 5 archipels polynésiens. C'est l'occasion pour Māmā Poti, une ancienne danseuse, aidée de ses amies, de broder des tapis aux motifs de légendes ou des peue (nattes pour s'assoir sur le sol). Une année, avec sa cousine Māmā Teta, elles ont aussi confectionné de jolis costumes aux couleurs chatoyantes pour les danseuses de l'école locale. Parmi elles, se trouvait Māmā Odette qui auparavent travaillait dans une ferme perlière, avant que l'entreprise ne soit reprise par les japonais pour raisons financières.... mais qui ne maitriseront jamais aussi bien l'art de la perle et des bijoux. Aujourd'hui Māmā Odette est revenue à Tahiti et à passé plusieurs années à transmettre sa sagesse à des délinquants de la prison de Nuutania. 

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Aux îles Marquises, Māmā Louise est connue pour sa grande générosité...et aussi pour ses bons petits plats. Fidèle à la tradition fa'amu (adoption d'un enfant), elle a fait le bonheur de trois bambins avides de ses tartes à l'ananas, à qui elle ne se lasse pas de racconter les vieilles histoires de Puama'u, site archéologique où veillent les tikis : et gare à celui qui osera transgresser les tapus... Malgrés ses rhumatismes, sa voisine, Māmā Aline vient régulièrement débroussailler et entretenir le mara'e familial près duquel reposent les dépouilles de ses aïeux, bien protégées sous un massif de gardenia (tiare). De temps en temps Māmā Aline rend visite à Māmā Vaitiare, alors en chantant, toutes deux se lancent dans la confection de ces couronnes parfumées dont raffolent les vahine : le Kumuhei est un savant mélange de plantes aromatiques qui embaument aussi bien les cheveux que d'autres endroits moins exposés.. Les marquisiens ont dans leur sang la " graine" de l'artisanat, et puisque l'on parle de graine, nos Māmās marquisienne rivalisent d'adresse pour confectionner les plus jolis colliers de graines végétales rouges ou noires que l'on appelle pipiti'o, koku'u, ou encore graines de corossol. Les jours de marché, elles vendent les sculptures magnifiquement confectionnées par leur tane (mari). 

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A Paea, (Tahiti) a eu lieu le concours de miss rima'i (artisane). Peut importe le nom de la gagnante car toutes ces vahine courageuses et travailleuseuses sont toutes dignes de remporter la première place dans le coeur et dans la vie des polynésiens. 

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Pour terminer, un petit clin d'oeil spécial à celle que l'on appelait " Māmā Ru'au" ou Māmā Here (amour) :

 " Née en 1922, Here vivait de la pêche et d'un peu d'horticulture. Toujours prête à aider les autres, elle apprit la médecine traditionnelle et le secret des plantes pour se consacrer aux malades et aussi aux mourrants dont elle appaisait les derniers instants. Ses mains, profondément tachées par les sucs végétaux, portaient les marques évidentes de son art dont elle n'a jamais tiré profit. Son seul regret, c'est que personne n'aie, à sa suite, apprit les préparations qui lui ont permis de soulager les agonisants et de guérir les personnes abandonées par la médecine.  A l'âge de 77 ans, encore alerte et vive, ses voisins qui veillaient sur elle devaient l'empècher de grimper aux arbres pour cueillir les feuilles et fleurs de ses préparations. Souhaitons que ses anciens malades, s'ils sont encore de ce monde, n'oublient jamais son souvenir et son dévouement à toute épreuve. (extrait de : Le monde polynésien des soins traditionnels, de Simone Grand) 

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Nous avons aussi des mamas en métropole, celle qui fait encore aujourd'hui et pour le plus grand plaisir de tous de magnifiques colliers et courronnes tahitiennes, c'est Māmā Jeanne que tout le monde appelle affectueusement Māmā. Lorsqu'une fête tahitienne a lieu à Paris, grâce au travail infatigable de Māmā Nini à la délégation polynésienne, nous portons tous fièrement les jolies parures et les robes magnifiques réalisées avec passion par nos Māmās d'amour.

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Date de dernière mise à jour : 03/09/2017

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