Archéologie

Hatiheu t et g 016 copier

Mettre à jour des sites anciens permet de reconstituer le mode de vie d'une population en apportant des réponses que le temps a quelque peu effacées.  

" Quels type de relations existaient entre euxQuel était ce lien étroit entre l'homme et la natureQuelle part avaient la culture et les traditions dans la sagesse réveillée des ancêtres?" 

Quand un objet ou un dessin gravé sur la roche, auréolé de mystère, se révèle, entraînant un flot de mémoire collective que l'on croyait enfoui à jamais, alors pourquoi s'arrêter là ?

Dans les années 60, Henri Lavondès arrive à Ua pou pour travailler sur les traditions orales et recueillir les légendes. Vingt ans plus tard, l'archéologue Pierre Ottino marche sur ses traces en tant que volontaire à l'aide technique. Avec passion, il se consacre encore aujourd'hui à " rajeunir" le patrimoine de ces îles et de son peuple.

" Si on restaure un site n'importe comment, non seulement on le caricature, mais on caricature aussi la culture et la population ancienne qui deviennent alors du folklore. Le respect du lieu c'est aussi le respect de la tradition."   

Auteur pierre ottino c scp marquises hiva oa puamau me ae iipona vue generale du site 1991

Une tête sculptée dans un rocher désigne le passage du mana (esprit) dans un lieu tapu (sacré) après la mort. Un mur, une terrasse, l'emplacement d'un paepae (structure d'habitat), et peu à peu, nous nous retrouvons dans un village ancestral. Alors les marquisiens se souviennent des histoires que leur racontaient leurs grands parents, et prennent conscience des difficultés qu'ils rencontraient à cette époque. Alors plutôt que d'attendre une aide de l'extérieur qui ne vient pas toujours, les autochtones se joignent à l'expédition, même si l'argent manque. On attend pas, aux Marquises, on agit! 

Auteur pierre ottino c scp marquises hiva oa puamau me ae iipona 1991

L'objectif est simple : Se réapproprier une partie du patrimoine pour renouer avec ses racines; mais c'est aussi une sécurité à l'instar de professionnels qui emmènent un objet pour l'étudier.... mais qui "oublient" de le ramener. C'est encore redonner vie à des emplacements géographiques qui ont un jour étés désertés pour cause d'épidémies apportées par les européens qui rendirent bien des femmes stériles. 

En l'absence de musées,  de nombreuses pièces se sont retrouvées en  Nouvelle Zélande où à Hawaï. Mais les marquisiens ne sont pas du genre à baisser les bras! C'est ainsi que des musées ont vu le jour aux Marquises. Le département archéologique et celui des traditions orales ont étés rattachés au musée de Tahiti et des îles, anciennement dirigé par l'illustre Jean Pierre Pambrun. 

20100504 marae

L'organisation dépendait entièrement de la tradition:

" Nos ancêtres avaient le sens des choses, de l'équilibre. A l'époque, on ne pouvait pas polluer une rivière car le tohua en dépendait."  Le tohua était la place publique où avaient lieu les festivités. Depuis, lorsqu'un lieu a été découvert par les archéologues, les danses d'antan refont surface et les jeunes dansent pieds nus sur le Tohua. 

" lorsque nous dansons sur le tohua, cela chauffe les pieds, nous ressentons le mana de nos ancètres" (mana: force spirituelle) " 

La jeunesse est de plus en plus motivée et encouragée pour apporter leur contribution aux projets archéologiques. D'ailleurs, la motivation l'emporte sur le diplôme.

" Il est important que les jeunes d'ici sachent d'où ils viennent et connaissent la richesse culturelle que nos anciens ont créée pour qu'ils soient fiers de leurs ancêtres et pour qu'ils s'en inspirent, précise yvonne Katupa: maire déléguée de la commune d'Hatiheu 

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Quelques mots sur l'organisation de la société marquisienne:

Le paepae est l'emplacement des terrasses et habitations de l'ancienne population. Au centre, près de la maison du chef on trouve le tohua (place publique où avaient lieu les fêtes) . 

Les villages étaient dirrigés par: 

 * Les Hakaiki: princes, princesses qui administraient les affaires publiques.

* Les Taua: prêtres ou sorciers (intermédiaires entre les dieux et le peuple). Conservateurs des légendes et généalogies, ils prescrivaient les tapu (interdits) et présidaient les cérémonies.                                                                                                                    

Parmi le peuple, il y avait:

* Les tahunas:  qui s'occupaient des arts et des métiers

* Les kaioi: équivalent des troubadours ; vagabonds adolescents qui composaient des danses et des chants, et se livraient à tous les plaisirs de la vie avec une grande liberté sexuelle. 

* Les kikinos: de condition inférieurs à qui revenaient les travaux pénibles. 

Si les tribus se faisaient souvent la guerre, les combats étaient plutôt considérés comme un sport à grands cris et couverts de tatouages pour impressionner l'adversaire. (qui se terminaient le soir pour reprendre le lendemain) mais la plus grande hospitalité était néanmoins respectée au sein d'une même tribu.  

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Afin de se faire une idées des objets retrouvés par les archéologues, un petit retour dans le temps s'impose: 

 Les fare ni'au : maisons de bambou au toit de pandanus étaient meublés essentiellement de nattes pour dormir et de paniers suspendus faisant office de placards. Dehors, près du foyer, des fosses creusées dans le sol conservaient les aliments, comme l'uru (fruit de l'arbre à pain).  

Pour la pêche, on se servait d'hameçons  en nacre ou de harpons en bois de fer. Pour partir en haute mer, les pirogues étaient composées d'une ou deux coques maintenues par des cordelettes  et calfatées à la résine d'arbre à pain.

Des outils : Les galets, haches de pierres, herminettes ou scies en dents de requins étaient les principaux outils pour fabriquer des objets usuels, tandis que des os ou éclats de nacre étaient appréciés pour le travail du bois, ou encore les dents de rats pour travailler le fer.  

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Les villages étaient sous bonne garde: les tiki, statues de pierre représentant des divinités à demi-humaine, ou animale, sont pour la plupart toujours présents. Tournés vers la mer, on attribuait à certains d'entre eux un pouvoir de vie ou de mort. Ils ont étés édifiés sur les mea'e: terrasses sacrées sur lesquelles se déroulaient les réunions officielles ou les diverses manifestations religieuses et paiennes. 

Sur le tohua ( la place publique) , le tuu (lieu de culte) recevait les sacrifices où les femmes n'avaient pas accés. Le sens de ces sacrifices, outre l'offrande faite aux divinités, était de se nourrir du mana (l'esprit, la force spirituelle ) de ce que l'on sacrifiait. A Nuku hiva, chaque vallée possède son mea'e avec son tohua; Ce qui  laisse au visiteur la sensation de s'élever dans une dimension  mystique. La vallée de Puamau à Hiva 'oa,  détient les plus grands tikis de Polynésie dont le Takaïi (2m 44).

Le plus grand tiki de larchipel
 
Une règle d'or :
Vers le 18e siècle, à la suite d'un conflit entre tribus, les vainqueurs transforment la résidence du chef en un me'ae , donnant aux deux paepae les nom des deux vainqueurs: Pahivai et Mataeiaha qui auraient fait édifier les grands tiki de Puamau. A la fin du XIX e , une cheffesse offre cette terre à Kekeka: un pasteur hawaïïen, qui en fit une plantation de café. Il semblerait que des tiki aient étés endommagés lors de ces travaux. Ces tiki sont fragiles et sont l'héritage du peuple marquisien. Il est donc recommandé d'éviter de les toucher, c'est même plus un conseil qu'un ordre : car les légendes sont là pour nous rappeler que les tikis sont tapu (sacré) et que ceux qui sont passés outre l'auraient amèrement regretté...  Aux îles Marquise on ne plaisante pas avec ca! les mama ont toujours un témoignage à raconter à leur descendance. 
 
Sur les rochers, il est souvent possible de voir des dessins, signes, gravures appelés pétroglyphes (pétros est une forme d'écriture) comme des représentations stylisées d'animaux, hommes , pirogues, poissons dont l'origine reste à ce jour peu connue en raison du dépeuplement rapide de la population. 

Sur Ua Huka,  Hane, le plus ancien site marquisien pourrait porter le nom de musée puisque il ne contient pas moins de 3000 pièces archéologiques dont les plus belles sculptures de l'archipel, dans un décor de rêve. 

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Date de dernière mise à jour : 17/11/2016

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