Un statut pour les artisans

ARTISANAT. L'assemblée de la Polynésie a adopté mardi un texte pour la création de l'agrément des artisans traditionnels de Polynésie française. 8 000 travailleurs polynésiens pourraient bénéficier d'une “carte d'artisan”.

 

 

 

L’ESSENTIEL

  • Via cet agrément, le ministre de l’Artisanat veut encourager les travailleurs des associations artisanales à créer leur propre activité 
  • Le service de l'artisanat envisage d'y greffer un système de labellisation et une centrale d'achat de matières premières traditionnelles
  • Les artisans polynésiens seraient 13 000, dont 8 000 auraient fait de l'artisanat une activité régulière “principale ou complémentaire”
 

Les artisans polynésiens auront bientôt un agrément, sous la forme d'une carte, qui permettra notamment, selon le ministère de l’Artisanat, de mettre en place “un véritable statut”, “des certificats d'origine ou d'appellations” ou encore “une centrale d'achat des matières premières”. L'assemblée de la Polynésie française a adopté mardi à l'unanimité une délibération dans ce sens. L'aboutissement d'un long combat : “Les discussions autour de cet agrément durent depuis 2001”, assure Jeanine, une artisane brodeuse.

Un “artisan traditionnel”, selon le texte voté par les représentants, “exerce pour son compte et à titre onéreux, une activité manuelle créatrice, laquelle peut être assistée de machines-outils à condition que le processus de production ne soit pas automatisé, et qui en tire des revenus réguliers à titre principal ou complémentaire”. Deux catégories d'artisans pourront obtenir la carte d'artisan. D'une part, les professionnels qui exercent une activité d'artisan “depuis au moins un an” pourront obtenir un agrément pour une durée de trois ans ; et d'autre part, “les personnes ayant suivi une formation professionnelle en spécialité artisanat dans les établissements de formations agréés et notamment : CMA, CJA, CETAD, MFR, lycées professionnels”, bénéficieront systématiquement de l'agrément à la sortie de leur formation, pour une durée d’un an. Les titulaires de l'agrément, et eux seuls, pourront “utiliser la dénomination ‘Artisan traditionnel de Polynésie française’ pour l'appellation, l'enseigne, la promotion et la publicité de son activité”. Mais l'objectif est ailleurs. Le ministre de l’Artisanat, Joseph Kaiha, a expliqué hier qu'il compte sur cet agrément pour “alléger la pirogue du RST” : “Je veux encourager les artisans à ne pas rester dans une association et à créer leur activité, à avoir leur patente”. Il faudra en effet fournir un numéro T.A.H.I.T.I pour obtenir la carte d'artisan. L'objectif du ministère de mettre en place “un véritable statut de l'artisan traditionnel” passera donc, non pas par l'agrément, mais par la patente.

Deuxième objectif majeur : la labellisation, pour “protéger les produits polynésiens de l'extérieur”, dit le ministre marquisien. La délibération de l'assemblée est accompagnée de deux arrêtés ministériels, dont l'un définit une liste de 21 activités artisanales et 22 produits (matières premières et accessoires) traditionnels. Une fois le recensement des artisans terminé, le service de l'artisanat pourra plancher sur la création d'un ou plusieurs labels pour l'artisanat polynésien, à la façon des appellations d'origine contrôlée françaises. Enfin, à terme, le ministère espère que les titulaires de la carte pourront bénéficier d'une centrale d'achat des matières premières traditionnelles, structure qui reste encore à créer. Le chef du service de l'artisanat, William Ellacott, annonce que “les cartes commenceront à être distribuées vers la fin octobre” et que “dans les archipels, des antennes du service de l'artisanat seront mises en place” pour y délivrer la carte. Selon le service, les artisans polynésiens, répartis dans 571 associations artisanales, seraient 13 000, dont 8 000 auraient fait de l'artisanat une activité régulière “principale ou complémentaire”.

Benoît Buquet

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